La Salle des archives ouvre aujourd’hui ses portes. Conçue comme une bibliothèque numérique en libre accès, elle a pour vocation de mettre à disposition de tous des textes relus, vérifiés, typographiés avec soin et immédiatement lisibles ou téléchargeables.
Pour inaugurer ce lieu, le choix de Knut Hamsun s'est imposé naturellement.
Pourquoi Knut Hamsun ?
Romancier norvégien et lauréat du Prix Nobel de littérature en 1920, Hamsun a été l'un des plus grands démolisseurs du roman traditionnel du XIXᵉ siècle. Avec lui, la littérature abandonne les intrigues bourgeoises et les morales bien rangées pour s'enfoncer dans la psychologie troublée, la solitude urbaine, la faim hallucinatoire et la passion sauvage.
Nous inaugurons la Salle des archives avec son triptyque de la modernité :
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Faim (1890) : La déambulation fiévreuse d'un écrivain anonyme dans les rues de Christiania, luttant contre la misère et sa propre fierté.
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Mystères (1892) : L'arrivée du fascinant et excentrique Nagel dans une petite ville côtière, bousculant les certitudes de ses habitants.
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Pan (1894) : Le lieutenant Glahn, retiré dans sa cabane en forêt, pris dans un amour absolu et destructeur avec la nature et Edvarda.
La preuve par l'archive : de l'objet physique au texte numérique
Proposer ces textes en ligne n'a rien de nouveau : ils existent déjà sur d'autres plateformes. La contribution d'AntiClassic réside ailleurs : dans l'établissement du texte et la vérification des sources.
Les versions numériques qui en circulation sur le Web sont souvent issues du travail de bénévoles et passionnés, mais peuvent toujours contenir certaines coquilles, césures coupées ou altérations typographiques, résultant des difficultés d'OCR ou de choix éditoriaux faits au fil des publications. Pour aider à la meilleure restitution possible des textes, AntiClassic s'efforcera de travailler directement à partir d'éditions d'époque, comme ce fut le cas ici avec des exemplaires issus de la bibliothèque personnelle d'AntiClassic :
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Une édition de Pan de 1932 (Éditions Rieder) : Il s'agit de la première édition française de la traduction de Georges Sautreau. Elle nous a notamment permis de corriger plusieurs erreurs repérées dans la version numérique et de consolider le texte à partir de cette édition de référence.
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Une édition de Faim de 1956 (Éditions André Sauret) : Utilisée pour collationner le texte et vérifier sa conformité avec cette édition.

Transmettre et pérenniser
Ce travail de comparaison et de vérification n'est que la première étape. Dans un souci de transmission libre et durable, ces éditions d'époque pourront également être intégralement numérisées par nos soins et déposées sur Internet Archive pour en assurer la conservation patrimoniale et permettre la consultation des sources elles-mêmes.
Les trois romans sont dès à présent consultables gratuitement dans la Salle des archives, en lecture directe ou en téléchargement.
[ Consulter la Salle des archives → ]
PS : Un mot sur les sources numériques
Le travail d'AntiClassic s'appuie également sur le remarquable travail accompli depuis des années par des projets bénévoles de mise à disposition des textes du domaine public, notamment la Bibliothèque électronique du Québec, Ebooks libres et gratuits et WikiSource.
Nous les utilisons régulièrement comme points de départ pour nos recherches et souhaitons ici saluer le travail patient de leurs contributeurs, qui permet à de nombreuses œuvres de rester accessibles gratuitement en ligne.
PS2 : Curiosités AntiClassic
Lors du travail de vérification, la source numérique utilisée pour établir le texte de Pan donnait un passage pour le moins intéressant : « un orage se formait, une tempête de suroît »
Un mot immédiatement signalé comme suspect par le correcteur orthographique. Après consultation de plusieurs éditions plus récentes et actuellement commercialisées, le doute semblait se confirmer : le passage y avait été modifié en : « un orage se formait, une tempête de surcroît »
Qui croire ? Les deux étant possibles.
Grâce à un exemplaire de la collection personnelle d’AntiClassic, l’édition Rieder de 1932 a pu être consultée. Et celle-ci donne bien, elle aussi : « une tempête de suroît »
Loin de s’arrêter à cette première vérification, AntiClassic a alors cherché à remonter jusqu'au texte original de Knut Hamsun, en norvégien. L’auteur, dans cette phrase, utilise ici précisément le terme « Sydveststorm ».
Tout s’éclaire alors : Sydveststorm, littéralement « tempête du sud-ouest », est bien, en français, l'équivalent précis de : suroît, terme issu du vocabulaire maritime désignant un vent de sud-ouest.
L'enquête réserve même une dernière curiosité. En français comme en norvégien, le terme désigne également le vêtement traditionnel des marins destiné à se protéger de ce vent : le suroît, ou chapeau de toile cirée à large bord, le nom du vêtement provenant de celui du vent contre lequel il protège.
Une petite enquête pour un seul mot, mais qui rappelle combien la linguistique des textes anciens peut nous apprendre.
